Pourquoi étudier le droit ?

Mot de la Doyenne





Université de Genève Faculté de droit
Christine Chappuis, Doyenne de la Faculté de droit
 
Parmi tous les domaines de la connaissance qui font l’objet d’un enseignement de niveau académique, il est légitime de se demander pourquoi étudier le droit plutôt que, par exemple, la médecine, la chimie ou la philosophie. La vie en société n’est pas possible sans un minimum de règles stables et une autorité habilitée à en forcer le respect, ce que traduit la maxime ubi societas, ibi jus (sans droit pas de société).
Le monde d’aujourd’hui a, plus que jamais, besoin du droit. Les êtres humains naissent, vivent et meurent dans un environnement juridique toujours plus complexe. Leurs relations avec d’autres sujets de droit ou avec l’Etat sont encadrées par le droit, tout comme le sont les relations entre les Etats. Autant dire que nombreuses sont les occasions d’exercer son savoir pour toute juriste formée1 à la Faculté de droit. Qu’elle pratique en tant qu’avocate ou magistrat, au sein d’une administration publique, d’une organisation internationale ou d’une entreprise privée, la juriste dispose d’un vaste choix de métiers à exercer – une bonne raison d’étudier le droit.

Lorsque le mot prend une majuscule, le Droit désigne l’idéal de justice que tend – du moins, devrait tendre – à réaliser tout ordre juridique. Dans une approche moins utilitariste, les études de droit incitent à une réflexion sur la justice et les mécanismes susceptibles de conduire à la réalisation de cet idéal. Que l’on ne s’y trompe cependant pas, la juriste ne travaille pas – ou rarement – avec le binôme vrai-faux. En effet, « les raisonnements juridiques s’accompagnent de controverses incessantes, et ceci aussi bien entre les juristes les plus éminents qu’entre les juges qui siègent dans les tribunaux les plus prestigieux »2. Les controverses résultant d’opinions divergentes à propos d’une question sont au coeur même du droit. Le raisonnement qui en donne la maîtrise constitue un outil précieux pour toute titulaire d’un titre universitaire en droit.

Outre l’acquisition de connaissances juridiques, les études de droit offrent l’apprentissage d’une méthode d’analyse et d’un raisonnement pour parvenir aux solutions possibles, une chance de peser le pour et le contre afin qu’un choix soit éclairé. Dans cette mise en balance, la distance critique est essentielle, qui évite une application aveugle de règles générales et abstraites pouvant conduire au pire. C’est pour toutes ces compétences que le monde professionnel apprécie les juristes.

Où l’on voit que la poursuite d’un idéal est parfaitement conciliable avec des objectifs plus terre-à-terre (comme celui de gagner sa vie).
Pourquoi étudier le droit à Genève ?

Les études à la Faculté de droit de Genève présentent d’intéressantes spécificités tenant à la méthode d’enseignement pratiquée et à une offre d’enseignements très riche.

Les connaissances juridiques de base font l’objet du programme de baccalauréat. Les branches fondamentales sont enseignées de la première à la troisième année, par exemple, les règles relatives aux personnes et à la famille, aux infractions pénales, à la constitution, aux obligations et aux choses, aux sociétés et à la protection sociale, à l’ordre public international et à l’Union européenne, et celles qui visent les situations dépassant nos frontières. A côté de ces branches du droit dit positif (expression désignant les règles applicables dans une collectivité et à un moment donnés), le programme comporte des cours d’ordre plus théorique et historique, ainsi qu’un enseignement de philosophie du droit, qui sont destinés à élargir la vision des étudiantes et contribuent à développer l’indispensable esprit critique de celles-ci.

Outre ces enseignements de fond, l’entraînement à la méthode est assuré dès la première année par des travaux en petits groupes permettant d’exercer le raisonnement et la rédaction juridiques ; il est poursuivi en deuxième année avec des exercices de recherche et de rédaction critique, pour déboucher en troisième année sur un travail de rédaction juridique accompli de manière individuelle; à l’appui des recherches nécessaires à tout travail juridique, un cours innovant donne accès aux techniques de recherche juridique informatisée. L’apprentissage de la méthode est d’autant plus nécessaire que, dès la première année, l’enseignement se fonde à la fois sur des cours magistraux (cours ex cathedra) et des séances de travail lors desquelles sont résolus des cas pratiques permettant de comprendre de manière vivante et concrète une matière forcément abstraite. Une participation active est requise, ce qui augmente l’intérêt pour les domaines étudiés. L’expression orale, essentielle pour toute carrière juridique, est remise à l’honneur grâce à un enseignement de rhétorique, accompagné d’exercices, qui renoue avec une tradition malencontreusement oubliée.

Les programmes de maîtrise offrent la possibilité de consolider les connaissances déjà acquises et d’aborder des domaines plus pointus (divorce, banque et finance, arbitrage et commerce international, garanties internationales, marché intérieur de l’Union européenne, droits de l’homme, droits de l’enfant, légistique, pour n’en citer que quelques uns). L’occasion est ainsi donnée de poursuivre des intérêts spécifiques au gré des maîtrises thématiques (en droit économique, en droit international et européen, en droit civil et pénal, ou en droit public) ou non thématique (en droit). Afin d’aider les étudiantes à développer leurs capacités en allemand – si importantes pour le droit suisse –, une maîtrise bilingue conjointe avec la Faculté de droit de l’Université de Bâle vient compléter l’offre de maîtrises, sans prolongation de la durée des études. Il convient de mentionner encore la participation à des concours, suisses ou internationaux, comportant des procès simulés, qui est encouragée à tous les stades des études et permet d’exercer l’argumentation juridique à la fois par écrit et oralement.

L’opportunité est également offerte de développer une approche interdisciplinaire en suivant le Baccalauréat en relations internationales, dispensé avec la Faculté des sciences économiques et sociales et celle des lettres, ou la Maîtrise interdisciplinaire en droit du vivant. Ces deux programmes sont aussi ouverts aux étudiantes d’autres Facultés.

Une fois la formation de base (baccalauréat et maîtrise) accomplie, il est possible de poursuivre une spécialisation dans le cadre d’un des quatre masters in advanced studies (MAS) proposés : le MAS en droit international humanitaire et le MAS en résolution des différends internationaux résultent d’une collaboration intense et fructueuse avec l’Institut universitaire de hautes études internationales et du développement (IHEID) ; quant au LL.M. en droit bancaire et financier et au LL.M. en droit fiscal, ils sont l’expression de la forte tradition de la Faculté dans le domaine du droit économique.

Dans un monde caractérisé par la globalisation, l’accès au droit international et étranger est primordial. Il est favorisé par le droit comparé qui occupe une bonne place dans les programmes, notamment au travers d’un enseignement méthodologique original fondé, lui aussi, sur des cas pratiques (en droit des contrats) et divers enseignements thématiques comparatifs (par ex., droit constitutionnel, fiscal, propriété intellectuelle, sécurité sociale). Ces enseignements sont regroupés en un programme, le Certificat de droit transnational, que fréquentent les étudiantes de Genève et celles provenant d’universités étrangères, plus d’une trentaine, dans un cadre aussi stimulant qu’enrichissant. Sans quitter Genève, les étudiantes bénéficient en outre de certains cours dispensés par IHEID, comme de la proximité des organisations internationales, et peuvent participer aux programmes d’été co-animés par la Faculté – Duke-Geneva Institute for Transnational Law, Summer school WIPO-UNIGE (propriété intellectuelle). Il faudra quitter Genève pour profiter du programme Erasmus et accomplir une partie des études dans des universités étrangères, comme Paris, Berlin, Vienne, Exeter, Barcelone, Rome ou Istanbul. Ou encore pour profiter de l’accord d’échange avec Harvard Law School, dont l’immense bibliothèque (Langdell Hall) représente une sorte de paradis du chercheur.

Ouverte sur le monde, la Faculté cultive également ses liens avec la pratique. En témoignent l’intervention de praticiens dans nombre de cours et séminaires et l’enseignement de la rédaction de contrats inscrit aux programmes de bachelor et de master, dont le succès ne se dément pas. L’appui qu’accordent les praticiens aux concours constitue un incontestable enrichissement pour les étudiants qui y participent. Il convient de mentionner encore les nombreuses journées de formation continue qui donnent lieu à un enrichissement croisé entre la Faculté et les milieux juridiques, dont les préoccupations actuelles nourrissent les recherches menées à la Faculté. Les liens avec la pratique se manifestent de manière particulièrement positive au travers de la nouvelle Ecole d’avocature créée sur la base d’un partenariat inédit entre la Faculté, les pouvoirs judiciaires et politiques, l’Ordre des avocats de Genève et l’Association des juristes progressistes.

On le voit, la palette est large. Elle permet à chacune de poursuivre des études utiles et proches de ses aspirations, tout en développant les éléments indispensables à une bonne formation juridique : la connaissance des règles fondamentales, la précision, la finesse de l’analyse juridique et l’esprit de synthèse. Ainsi formées à la Faculté, les titulaires d’un titre en droit sauront-elles répondre à l’injonction d’Hector à Busiris : « Trouve-nous une vérité qui nous sauve. Si le droit n’est pas l’armurier des innocents, à quoi sert-il ? »3.

Soyez les bienvenues dans cette Faculté alliant tradition et innovation, et sachez profiter pleinement des richesses que vous y trouverez!

                                                                                                                        Prof. Christine Chappuis
                                                                                                                                              Doyenne
                                                                                         18 août 2014
Sources : www.unige.ch


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