REVUE DE PRESSE AFRIQUE A la Une: le procès de deux génocidaires rwandais présumés à Paris

© AFP/Pius Utomi Ekpei
Le procès de deux anciens maires hutus rwandais s’est ouvert hier à Paris pour leur participation présumée au génocide rwandais. « Il s’agit du deuxième procès en France pour le génocide de 1994 au Rwanda, précise le site d’information Koaci.comLes deux anciens bourgmestres, Octavien Ngenzi 60 ans, et Tito Barahira 64 ans, sont accusés de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre pour des massacres de Tutsis commis dans la préfecture de Kibungo, dans l’est du Rwanda, proche de la frontière tanzanienne. Tous deux nient toute implication. »
Pour Le Pays au Burkina, il s’agit là d’un procès pour l’exemple : « à en croire le président du collectif des parties civiles pour le Rwanda, Alain Gauthier, de par leurs fonctions, ces bourgmestres étaient des hommes puissants dans les communes qu’ils dirigeaient et pouvaient influer sur le déroulement des événements, à l’effet de protéger les populations persécutées ou de les envoyer à la mort, en complicité avec leurs bourreaux. C’est cette deuxième option, abjecte, qui semble avoir été le rôle des deux accusés, soupçonnés d’avoir encouragé des Tutsi à se regrouper dans des églises, en leur faisant croire qu’ils y seraient à l’abri, alors que c’était tout simplement un piège qui leur était tendu pour les massacrer. Si les charges sont avérées, Tito et Octavien n’échapperont pas à la Justice. En cela, il est heureux de constater, estime Le Pays, que même plus de vingt ans après les faits, le dossier rejaillit pour être jugé en France, où s’étaient réfugiés les deux mis en cause qui avaient été arrêtés et incarcérés par les autorités françaises. Paris ne les a jamais extradés au Rwanda où ils avaient été jugés par contumace et condamnés à la prison à vie par les tribunaux populaires 'gacaca'. »
En effet, estime encore Le Pays, « la Patrie des droits de l’Homme pouvait difficilement se soustraire à l’obligation de juger des personnes contre lesquelles pèsent de si lourdes présomptions, sans être soupçonnée de vouloir protéger de présumés génocidaires. Surtout que la France avait été fortement critiquée pour son rôle ambigu dans le génocide rwandais, à travers l’opération Turquoise. »
Transcender la douleur
Pour sa part, le site d’information guinéen Ledjely.com s’interroge sur la bonne tenue de ce procès… « Au regard de la propagande médiatique qui a précédé l’ouverture du procès, il est quasi-certain que les deux accusés ne s’en sortiront pas, estime le site guinéen. Tout se passe en réalité comme si ce procès n’était qu’une démarche visant à formaliser une condamnation que l’on sait certaine. Bien entendu, s’ils sont effectivement coupables de ce dont on les accuse, ils auront mérité le sort qui sera le leur. D’autant que quiconque a participé à la planification et à l’exécution du génocide ne mérite ni clémence, ni indulgence. Cependant, le principe voudrait que mêmes les pires criminels aient droit à un procès équitable. C’est en tout cas ce qu’enseignent les grandes démocraties en d’autres circonstances. Or, dans le cas présent, affirme Ledjely.com,les avocats de la défense ne semblent pas bénéficier de la même considération et du même intérêt que leurs homologues de la partie civile. Ce déséquilibre plutôt évident est le reflet du caractère passionné avec lequel le génocide rwandais reste encore appréhendé, estime encore le site guinéen. Certes, des efforts louables ont été consentis pour rendre possible la réconciliation entre les composantes de la société rwandaise. Et les sacrifices des uns et des autres sont tels que ce petit pays de la région des Grands Lacs ne ferait certainement pas office de puissance régionale s’il n’avait pas plus ou moins réussi à transcender cette douleur qui marquera à jamais son histoire. Toutefois, conclut Ledjelyà la faveur de ce procès, on réalise que le travail de fond doit se poursuivre et que les cicatrices peuvent se rouvrir à la moindre égratignure. »
Commémoration
Enfin, hier 10 mai, c’était la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage… Commentaire du site Guinée Conakry Infos : « Le 10 mai est par-dessus tout un moment essentiel de souvenir, de repentir et de promesses actives pour que l’esclavage appartienne pour toujours au passé. A Paris hier, François Hollande, en compagnie de Christiane Taubira et de Jesse Jackson, a fait revivre au monde toute la plénitude de la signification de ce moment historique. Se souvenir du tort que l’humanité a fait à l’humanité, à travers ces longs siècles, mais qu’il faut savoir pardonner pour avancer. Surtout savoir tenir ferme la promesse de mettre fin à ces pratiques déguisées d’un autre esclavage moderne, plus avilissant que jamais, que l’on rencontre encore sur notre continent. »

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