Fousseny Kanouté : « Je compte me spécialiser en Droit International Humanitaire (D.I.H). »

Dans une interview accordée à Actu-Droit, Foussény Kanouté, nous parle de ses choix d’études. Il nous dit  aussi les raisons qui l’ont poussé à faire le droit et dans quel domaine il compte se spécialiser. Foussény s’adresse à l’administration de son université et aussi à l’Etat. En plus,  il encourage les autres étudiants à être plus déterminer sur ce qu'ils entreprennent. Lisez l’intégralité de l’interview  ci-dessous !   

Fousseny Kanouté : « Je compte me spécialiser en Droit International Humanitaire (D.I.H). »
Fousseny Kanouté : « Je compte me spécialiser en Droit International Humanitaire (D.I.H). »/Photo Actu-Droit

Actu-Droit : Bonjour monsieur, qui êtes-vous ?

Foussény Kanouté : Je suis Foussény Kanouté, étudiant à la Faculté de Droit Public (F.D.Pu) de l’Université des Sciences Juridiques et politiques de Bamako (U.S.J.P.B). Cette année, je fais la  maîtrise.

Actu-Droit : Pourquoi avez-vous choisi de faire le Droit après votre baccalauréat ?

Foussény Kanouté : Après avoir eu le bac, j’ai été confronté à un problème de choix. J’avais deux visions : D’abord je voulais aller à la F.L.A.S.H (actuellement la Faculté des Lettres et sciences du langage (F.L.S.L)  de l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (U.L.S.H.B)) car je voulais faire l’anglais unilingue. Ma seconde vision était de lutter contre l’injustice au sein de notre communauté. Ici  au Mali, il y a des peuples qui sont victimes de cette injustice. Donc, je suis allé voir mon grand frère qui m’a conseillé de faire le droit et qu’après je pourrais faire l’anglais en suivant des formations, en me précisant que si je faisais l’anglais, le droit serait un peu compliqué pour moi. Je lui ai donné raison en choisissant le droit pour défendre le bas peuple victime d'injustice.

Actu-Droit : Êtes-vous de Bamako ?

Foussény Kanouté : Non, je ne suis pas un citoyen de Bamako, je suis venu du village pour venir étudier Ici (à Bamako). J’ai été confronté à beaucoup trop de problèmes : de déplacement, de logement et plusieurs autres. Après ça aussi, à l’université j’ai rencontré trop de difficultés. Donc je me suis rendu compte que ce n’est pas un lieu pour mieux former l’étudiant face aux problèmes sociaux économiques de notre société.

Actu-Droit : ce choix du droit, qui fut un amour pour vous, comment trouvez- vous sa formation ?

Foussény Kanouté : Pour moi la formation est insuffisante. Le système qu’on nous enseigne, je peux même dire  qu'on nous imposeon ne l’a pas du tout compris. Dans ce système les étudiants ne peuvent pas tenir.

Actu-Droit : De quel système parlez-vous, celui du LMD, le classique, ou le système éducatif malien en général ?

Foussény Kanouté : Heureusement que le LMD ne m’a pas touché. Je parle du système éducatif du Mali en général surtout au niveau universitaire. A ce niveau on voit que les étudiants ne sont pas dans les conditions, nous n’avons pas accès aux données nécessaires. Pour que nous soyons compétitifs sur le plan international, il faut que l’Etat fasse de l’avenir des étudiants sa priorité, mais on remarque que c’est le contraire. Dans une université où il n’y a pas de documentation, où l’informatique n’existe quasiment pas, comment ses étudiants peuvent être compétitifs sur la scène  internationale. Au Mali, nous faisons tout notre cycle universitaire sans avoir une connaissance de base de l’ordinateur qui est un outil très important dans ce monde numérique.

Actu-Droit : En parlant de moyens, quels sont les vôtres et comment les utilisez-vous ?  

Foussény Kanouté : Le seul moyen que j’ai c’est la bourse. Mes parents sont au village et ils ne peuvent pas prendre soin de ma scolarité. La bourse que j’ai, chaque année, je la divise en deux parties : une partie pour les parents et l’autre pour mes besoins. C’est grâce à ça que je me procure des manuels en droit pour pouvoir bien me former. Ensuite, je suis une formation en informatique avec le reste. Avec ça, je pense être compétitif face aux autres étudiants de la sous-région.

Actu-Droit : Il y a des élèves qui comptent faire le droit après l’obtention du Bac, est-ce que vous avez des conseils pour eux ?

Foussény Kanouté : Merci pour la question ! Il n’y a pas mal d’élèves dans mon village qui pensent suivre ma trace, mais n’est qu’une localité. C’est pourquoi, je veux que l’Etat crée un « centre d’orientation » où les élèves puissent se renseigner pour avoir un choix bien précis après le bac. Ça permettra à l’élève de savoir ce qu’il va faire après les études.

Actu-Droit : Je veux qu’on parle un peu des étudiants. Vous venez tous de suite d’évoquer certains défauts de l’Etat. Mais, on a l’impression souvent que certains étudiants ne sont pas très motivés pour les études. Qu’avez-vous à leur dire comme conseils ?

Foussény Kanouté : Je vois cet aspect sous deux angles. D’abord, nous les étudiants nous n’avons pas l’amour de ce que l'on fait. Peut-être que c’est dû au fait qu’ils voient leurs ainés qui ont fini avec les études du droit et sont sans emploi. Cela peut décourager celui qui n’a pas encore fini. Il faut que l’Etat mette en place les moyens pour recruter le maximum d’étudiants après leurs formations.  Il y a aussi des étudiants qui choisissent une faculté comme ça sans avoir l’idée de ce qu’ils vont faire là-bas et ça c’est très grave. Donc, ils n’accordent pas beaucoup trop d’importance à cette formation. Souvent, lors des inscriptions une fois que l’université du choix de l’étudiant est saturée, il va dans une autre pour s’inscrire et ce dernier ne va pas accorder beaucoup d’importance à cette formation. Donc il faut que l’Etat voit un peu ce point.

Actu-Droit : Parlons un peu de votre choix, c’est-à-dire celui de l’option Droit international. Comment avez-vous fait ce choix et pourquoi ?

Foussény Kanouté : Après avoir commencé l’étude de droit, j’ai choisi le droit public. On dit que ce droit c’est l’intérêt général et je suis de cet avis. Dans ce droit public, j’ai opté pour l’option internationale. Parce qu’on tend vers la mondialisation qui est l’interdépendance des Etats. Ensuite dans le droit international qui est très vaste aussi, je compte me spécialiser au Droit International Humanitaire (D.I.H). Parce que si tu essai de voir l’origine de ce droit, qui grâce aux travaux d'Henry Dunant, un homme d'affaire suisse qui s'est retrouvé en 1859 sur le champ de la bataille de Solférino et à la vue des atrocités, et qui décida de ramener les corps des blessés au village sans faire de distinction quant à leurs nationalités [...]. Donc on voit qu’en période de guerre les deux parties ont besoin d’assistance et les biens à caractère civil qui doivent être respectés. J’ai choisi ce droit pour me spécialiser pour les raisons que je viens d’évoquer et plusieurs autres. Surtout que j’ai lu un livre d’Henry Dunant, (le père fondateur de ce droit) intitulé, Un souvenir de Solférino,  publié en 1862. Je veux suivre sa trace pour faire aussi mon mieux dans ce domaine.

Actu-Droit : Quel message avez-vous à adresser aux étudiants, à l’administration de la faculté et aussi à l’Etat ?

Foussény Kanouté : Pour les étudiants, bien que nous faisons les études dans des conditions misérables, il ne faut pas se décourager. Il faut avoir l’amour de ce qu’on fait, avec cet amour malgré les difficultés on peut arriver à nos fins. Ensuite, il faut que l’administration mette en place un système d’organisation au sein des facultés (F.D.Pu, F.D.Pri). On a tendance à voir des professeurs qui sont sensés  dispenser les cours, ne viennent pas ou confient le cours à un assistant qui souvent n'a  pas encore le niveau nécessaire pour le dispenser. Ce qui en fin de compte  nous conduit dans la médiocrité. Enfin, il faut que l’Etat se souci de l’avenir de ces étudiants et des élèves qui sont les futurs gérants de cette nation.

Actu-Droit : Pour finir, comment voyez-vous l’avenir du Mali dans cinq ans sur cette lancée.

Foussény Kanouté : Je ne peux pas prédire cet avenir, parce que quand tu viens à la faculté, tu verras plusieurs groupes. D’autres sont là pour étudier, certains pour corrompre et d’autres pour accompagner. Au niveau de la jeunesse, il y a le manque de formation et ce manque de formation nous met en retard sur plusieurs plans.

Actu-Droit : Merci Kanouté de nous accorder votre temps.

Foussény Kanouté : C’est moi qui vous remercie.

Mamadou Koné 



Fourni par Blogger.