Me. Marcel Ceccaldi sur l’affaire Boubacar Keïta : « Existerait-il un cabinet noir qui instrumentalise les procédures ? »


Une justice engagée politiquement s’éloigne des vertus que requiert la justice et conduit inéluctablement au despotisme.
Telle est la conviction de Me. Marcel Ceccaldi, célèbre avocat parisien bien connu en Afrique pour avoir défendu des causes difficiles. Conseil de Boubacar Keïta, un des fils de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta(IBK), Ceccaldi a après avoir saisi la Cour de justice de la CEDEAO en vue de faire fléchir les autorités maliennes accusées de violation gravés des règles de la procédure pénale. Lisez !

Qu'est ce qui a changé dans l'affaire Boubacar Keïta après avoir saisi la Cour de justice de la CEDEAO?

Marcel Ceccaldi: Il est désormais libre de ses mouvements après avoir été arrêté abusivement durant cinq mois. Une question reste posée : qui a pris la décision de le placer et de le maintenir en état de détention arbitraire et pourquoi ? Que dire si ce n’est que ceux qui ont pris cette responsabilité n’ont aucun respect pour les droits garantis de la personne humaine, ce qui est préoccupant pour l’avenir.

Quelle va être la suite de la procédure?

M. Ceccaldi: Elle va suivre son cours. En application du règlement de la Cour nous avons formulé, avec mon Confère Djénéba DIOP une demande de procédure accélérée.

Est-ce que la Cour de la CEDEAO vous a notifié la levée des restrictions sur votre client?

M. Ceccaldi: La décision est la conséquence de la saisine de la CEDEAO.

Il y est écrit et je cite « vous avez porté à ma connaissance que vous êtes retenu contre votre gré dans votre résidence et que malgré plusieurs correspondances envoyées aux autorités de la transition (sic !) vous n’avez reçu aucune raison officielle quant à la privation de liberté »

Le texte a le mérite de la clarté.

Son auteur reconnait qu’aujourd’hui au Mali l’on peut être maintenu en état d’arrestation arbitraire sans ordre légitime de la loi. Dans un Etat de droit une telle situation est inacceptable et elle est régulièrement sanctionnée par la Cour de la CEDEAO, gardienne des droits de libertés garantis de la personne humaine, que sont notamment l’interdiction absolus de la détention arbitraire et / ou l’arrestation abusive, la liberté d’aller et venir, la liberté d’expression et d’opinion, le droit à un procès équitable et à l’impartialité du juge etc…

A chacun son métier : confier l’application du droit et la défense des droits garantis de la personne à des militaires revient, en paraphrasant Clemenceau, à donner la direction d’un orchestre philarmonique à un tambour-major de fanfare.

 Allez-vous demander réparation?

M. Ceccaldi: Bien entendu. Toute faute mérite réparation.

Arrêter abusivement une personne durant 5 mois est une faute constitutive d’un préjudice qui doit être réparé.

 

Qu'en est-il de vos clients prisonniers à Bamako?

M. Ceccaldi: Les faits dont a été victime M. Boubacar KEITA renvoie nécessairement à la situation, à ses causes et à son objet, des personnes détenues.

Existerait-il un cabinet noir qui instrumentalise les procédures ?

Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle comme il n’est pas possible de prouver le contraire mais la manière de faire et l’orchestration de la procédure interrogée. Ce qui est certain, c’est que les magistrats de la chaine pénale rendent des comptes.

C’est là où se situe la ligne de partage entre le juge intègre et courageux et le juge ambitieux et servile. Prenons garde! Une justice engagée politiquement s’éloigne par la même des vertus que requiert la justice et conduit inéluctablement au despotisme.

 

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