AFFAIRE BERETS ROUGES : Vers un acquittement des accusés


L'affaire Ministère public contre Fousseyni Diarra et autres, plus communément appelée Affaire des bérets rouges, sera-t- elle jamais jugée ?

C'est du moins, l'impression qui persiste après la dernière péripétie judiciaire qu'elle vient de connaître. En effet, après un premier renvoi en 2017 de l'examen de l'affaire par la Cour d'assises, alors en transport à Sikasso, pour expertise, la reprise des travaux de la juridiction criminelle avait été fixée au 25 février 2021,soit quatre ans après l'ouverture de la session d'assises de Sikasso. Cette reprise aura finalement été de courte durée, puisqu'à cette date également elle a été une nouvelle fois renvoyée au 11 mars 2021 pour, selon le magistrat qui présidait l'audience, les nécessités de fonctionnement de la Cour.

Assailli de questions par les avocats de la défense des accusés, il précisera quelques minutes plus tard, qu'en fait il s'agissait d'un renvoi pour nouvelle composition. En clair, et pour faire court, certains conseillers ayant siégé à l'ouverture de l'audience,  ne pourraient pas continuer. Beaucoup d'entre eux avaient en effet été concernés par les mouvements de personnels opérés la veille par le Conseil supérieur de la magistrature.

 Pour mémoire, et du fait des exceptions de procédure soulevées par la défense des accusés, le procès tenu à Sikasso avait connu un report de plusieurs années. Ce qui constitue un véritable record dans les annales judiciaires du monde.

C'est donc après une interminable attente que s'est (ré ouvert) le procès dit de l'affaire des bérets rouges jeudi dernier. Un juge s'assimile à la vérité au compte à rebours, pour un certain nombre de ténors de la junte militaire ayant renversé en mars 2012 le pouvoir démocratiquement élu de feu le Président Amadou Toumani Touré.

Assurés de l'impunité, des soldats liés aux putschistes d'alors avaient sommairement et nuitamment exécutés certains de leurs collègues du régiment des bérets rouges. Enlevés de l'hôpital où ils étaient en soins après des blessures occasionnées par les combats qui les ont opposés le 30 avril 2012 aux bérets verts de Kati - pour les uns de l'hôpital où ils avaient été admis en soins, et de leurs lieux de détention pour les autres, ces soldats ont également subi des tortures avant d'être froidement exécutés dans la nuit du 1er au 2 avril 2012 dans le village de Diago, situé à une quinzaine de kilomètres de la ville garnison de Kati.

Arrangements douteux avec les victimes et les accusés

Rattrapés par ce passé funeste, de hauts dignitaires de la junte de 2012 devront comparaître devant la session de la Cour d'assises qui s'est ainsi ouverte le 24 février 2021 pour plancher sur le dossier. Permettra t- elle de faire la lumière sur les tragiques événements ayant semé le deuil et l'effroi au sein des familles de vingt éléments du régiment des bérets rouges, de jeunes adultes pour la plupart ? Rien n'est moins sûr. Bien au contraire, les derniers développements tendent à croire que finalement le pouvoir politique à coup d'arrangements douteux avec les ayant cause des victimes d'une part et les principaux accusés d'autre part, tente de jeter un voile public sur cette dramatique péripétie du coup d'État de 2012.

En effet, non contents d'avoir remis en liberté les principaux accusés dans l'affaire que sont le général Amadou Haya Sanogo, l'adjudant chef Seyba Diarra et le colonel Blonkoro Samaké, le pouvoir actuel, suivant fidèlement en cela les traces du régime, veut réserver à l'affaire un enterrement de première classe.

Comment ? En se servant d'une loi d'amnistie adoptée par l'Assemblée nationale et promulguée en 2019 par le président sous l'appellation officielle de "loi d'entente Nationale", dont l'article premier vise l'accord de paix et réconciliation d'Alger!

Une loi d’amnistie contraire aux engagements internationaux du Mali

 Explicitement, cette disposition précise en effet que la loi d'Entente Nationale a pour but de favoriser la réconciliation nationale en amnistiant les délits et crimes commis, en relation avec les évènements de 2012.

Pour atteindre les infractions reprochées aux accusés de ce procès, le pouvoir, à travers le parquet général ou les avocats de la défense, entend invoquer le bénéfice de cette fameuse loi d'entente qui, à bien des égards, est contraire à la lettre et à l'esprit de nombre d'instruments juridiques internationaux ratifiés par le Mali.

La Rédaction

 

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